 |
|
|
Les pesticides sont des produits répandus volontairement
dans l’environnement pour lutter contre les organismes vivants
jugés nuisibles (animaux, végétaux, micro-organismes).
D’un point de vue réglementaire, il existe une distinction
entre les pesticides utilisés principalement pour la protection
des végétaux dénommés produits phyto-pharmaceutiques
ou phytosanitaires, et les autres produits aussi appelés biocides.
Dans le cadre des suivis sanitaires ou environnementaux, c’est
le mot générique pesticides qui est utilisé pour les résidus
qui sont retrouvés, indépendamment de leurs usages initiaux.
Les pesticides sont généralement classés en fonction
de leur cible. Insecticides, herbicides ou fongicides sont les désignations
les plus couramment utilisées mais il existe bien d’autres catégories
comme les rodenticides (contre les rongeurs), les acaricides (contre les acariens…),
les nématicides (contre les nématodes) ou les molluscicides
(contre les limaces), etc. Avant 1993 et la mise en application de la directive
européenne 91/414 qui régit l’homologation des pesticides,
environ 800 substances pouvaient prétendre à ce qualificatif en Europe :
des substances d’origine végétale (roténone,
pyrèthre…), des produits minéraux (cuivre, soufre, …)
et des molécules de synthèse. Il est nécessaire de distinguer
les substances actives (molécules qui exercent l’effet recherché)
et les préparations commerciales. Ces dernières sont des mélanges
d’une ou plusieurs substance(s) active(s) et de formulants divers destinés
à assurer la stabilité et la conservation des produits, à faciliter
leur emploi ou améliorer leur efficacité agronomique
(environ 6 000 préparations en France).
La France est le premier consommateur européen de pesticides en tonnage,
de 70 000 à 100 000 tonnes de substances actives y sont
commercialisées chaque année. L’agriculture utilise environ 90%
de ce tonnage. Les 10% restants sont utilisés pour l’entretien
des infrastructures routières et ferroviaires, des espaces verts,
des trottoirs, etc. Une partie correspond au traitement du bois et à
divers usages privés (jardinage, traitement des locaux…).
Le programme est piloté par deux structures, le comité
d'orientation et le conseil scientifique.
-
LE COMITÉ D’ORIENTATION
Il réunit les acteurs concernés par les pesticides et
définit les priorités de recherche en réponse
aux préoccupations des pouvoirs publics et à
la demande sociale.
Présidé par le Chef du service de la recherche et
de la prospective du ministère de l’écologie,
de l’aménagement et du développement durables,
il se compose de représentants des directions de ce ministère,
de représentants des ministères chargés de la recherche,
de l’agriculture, de représentants des agences de l’eau,
de l’INRA,
de l’ADEME,
de l’IFEN,
du CORPEN,
de représentants
des instituts techniques et de la profession agricole
(ACTA,
CETIOM,
ARVALIS).
-
LE CONSEIL SCIENTIFIQUE
C’est une instance indépendante qui assiste le Comité
d’Orientation en matière d’expertise scientifique.
Il traduit les priorités de recherche exprimées
par le Comité d’Orientation en textes d’appel à
propositions de recherche.
Il est présidé par Thierry CAQUET
(INRA Rennes),
et animé par Eric THYBAUD
(INERIS)
Sont membres les personnes suivantes :
Alain CARPENTIER
(INRA Rennes),
Enrique BARRIUSO
(INRA Grignon),
Marc CHEVREUIL
(CNRS Jussieu),
Christophe DAVID
(ISARA LYON),
Luiz Felippe DE ALENCASTRO
(Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne),
Ramon LAPLANA
(CEMAGREF Bordeaux),
Philippe LUCAS
(INRA Rennes),
Michel MARCHAND (Centre
(IFREMER de Nantes),
Jean-Marc MEYNARD
(INRA Grignon),
Philippe REULET (Expert "Pesticides-Eau-Environnement" DGAL/SDQPV - DRAF/SRPV Aquitaine).
Marc BABUT, président du CS PNETOX
(CEMAGREF Lyon)
invité permanent.
Le programme est articulé en trois volets complémentaires,
destinés à acquérir une meilleure connaissance du devenir
et des effets des pesticides. Il propose et évalue de nouvelles approches
en vue de réduire les utilisations de ces substances
et/ou les risques associés :
-
Mieux connaître les voies de dispersion, de transformation et
d’accumulation des pesticides dans l’environnement.
-
Transferts et rétention dans les différents compartiments
(eau, air, sol) de l’environnement où les molécules
sont transformées et dégradées.
-
Identification et quantification des voies de contamination et de dispersion.
-
Estimation des flux.
-
Évaluer les risques liés à l’utilisation des pesticides
et prendre des mesures pour limiter les effets non intentionnels.
-
Effets à différents niveaux d’organisation biologique
(cellule, organismes, populations, communautés).
-
Effets sur les interactions entre espèces et impacts sur les équilibres
écologiques (hôtes-parasites par exemple).
-
Étude des effets de faibles doses et/ou de mélanges de produits.
-
Concevoir des outils ou des méthodes permettant de réduire
la présence des pesticides dans les différents milieux.
-
Développement de méthodes et d’outils pour
l’évaluation des risques.
-
Recherche sur la mise en place de pratiques limitant l’usage des pesticides.
-
Évaluation socio-économique de ces pratiques,
pour une agriculture durable.
Les actions de ce programme sont coordonnées avec celles qui dépendent
d’autres programmes soutenus et animés par le Ministère
de l’Écologie et du Développement Durable (MEDD) :
Programme National d’Écotoxicologie (PNETOX), Programme de recherche
sur la gestion durable des sols (GESSOL), Programme National de Recherche
sur les Pertubateurs Endocriniens (PNRPE), Programme de recherche sur la gestion
durable du littoral (LITEAU), Action publique, agriculture et biodiversité (DIVA).
Les tonnages de pesticides utilisés en France ont augmenté
après les années 1950, les types de pesticides et
les modalités d’application se sont diversifiés.
Cette évolution a permis d’augmenter les rendements agricoles
et de satisfaire les besoins alimentaires du pays, mais elle a également
favorisé la dispersion des pesticides dans l’environnement.
Dès la fin des années 80, on constatait une dégradation
progressive et préoccupante de la qualité des milieux
(ressource en eau en particulier) et l’on détectait même
des pesticides dans les eaux de pluie. En 1992, un comité de liaison
interministériel «eaux-produits antiparasitaires» fut mis
en place pour renforcer la cohérence des actions des pouvoirs publics
dans ce domaine.
À la demande du ministère chargé de l’environnement,
l’IFEN (institut français de l’environnement) a réalisé,
en 1998, le premier état national relatif à la présence
de pesticides dans les eaux. Ce premier bilan, bien qu’imparfait,
établissait sans conteste la présence de pesticides
dans les eaux françaises à des niveaux de concentrations
potentiellement dommageables pour les écosystèmes et la santé humaine.
Soucieux de contribuer à la mise en place d’une politique nationale
adaptée, le Ministère chargé de l’environnement
a encouragé les recherches en appui aux politiques publiques,
dans les domaines encore peu explorés : risques de dispersion aérienne
des pesticides, perturbations induites dans les populations et communautés
biologiques… C’est ainsi que le programme de recherches «Évaluation
et réduction des risques liés à l’utilisation
des pesticides» a été mis en place en 1999.
Deux appels à propositions de recherche ont
déjà été publiés :
-
1999 : 67 projets reçus - 15 projets financés,
1,5 million d’euros de crédits incitatifs du Ministère
chargé de l’environnement.
-
2002 : 55 projets reçus - 10 projets financés,
1,6 million d’euros de crédits incitatifs du Ministère
chargé de l’environnement.
Parallèlement, un travail de synthèse et de recherche
sur les indicateurs de risque dans le domaine des pesticides commandé
à un groupe d’experts a fait l’objet d’une publication :
«Indicateurs pour évaluer les risques liés à
l’utilisation des pesticides» de James Devillers, Regis Farret,
Philippe Girardin, Jean-Louis Rivière et Guy Soulas.
Éditions TEC & DOC, Lavoisier 2005.
Au total, plus de 80 équipes de recherche sont ou ont été
impliquées dans ce programme.
L’analyse des 2 premiers appels à propositions de recherche fait
ressortir une amélioration entre 1999 et 2002 de l’équilibre
quantitatif entre les différents volets en ce qui concerne à la fois
les projets déposés et les projets retenus.
| BILAN DES DEUX PREMIERS APPELS À PROPOSITIONS DE RECHERCHE |
Pesticides et impacts environnementaux, les apports du programme
"Évaluation et Réduction des Risques liés à
l’Utilisation des Pesticides".
Bien que de nombreux travaux aient été consacrés aux pesticides,
il demeure difficile de mettre en évidence de façon formelle
en milieu naturel les relations de causalité entre l'utilisation de ces substances,
l’exposition des organismes et d’éventuels effets
écotoxicologiques. Les incertitudes concernent aussi bien
la caractérisation de l’exposition (multiplicité des substances,
caractère ponctuel de la contamination, etc.) que celle des effets
(peu de données sur certains organismes, effets directs ou indirects, etc.).
De plus, divers facteurs (climat, eutrophisation, multi-exposition aux pesticides
et à d’autres toxiques, pratiques agricoles, etc.)
rendent difficile la caractérisation des relations entre présence et
effets écotoxicologiques des pesticides.
Tous les programmes soutenus depuis 1999 dans le cadre du programme de recherche
finalisé "Pesticides" ont, à des degrés divers,
contribué à accroître le corpus des connaissances
sur les molécules étudiées : des travaux ont mis en évidence
le caractère multi-factoriel de l’origine des effets négatifs
de doses sublétales d’insecticides sur la reproduction des insectes
(expression de gènes, reconnaissance sexuelle, identification des sites de ponte,
etc.). D’autres ont démontré l’influence de la présence
d’un adjuvant de pulvérisation sur le devenir et les effets
d’un herbicide en milieu aquatique, ainsi que l’existence
d’effets propres à l’adjuvant.
L’analyse des données sur les effets de substances actives
et de formulations commerciales sur trois espèces
d’hyménoptères pollinisateurs a permis de montrer
l’existence d’une différence inter-spécifique
de sensibilité, contribuant ainsi à alimenter la réflexion
sur le concept d'espèce représentative et sur la validité
des facteurs de sécurité utilisés en évaluation de risque.
En terme de développement ou d’amélioration d’outils,
il convient de signaler les travaux sur la mise en évidence des effets
des concentrations sublétales d’insecticides chez la drosophile
à l'aide d’arrangements de gènes, l’optimisation
du test d’extension du proboscis chez l’abeille, la mesure
de l’enrichissement en isotopes stables du carbone et de l’azote
pour l’analyse des effets au niveau des réseaux trophiques
et l’amélioration d’outils de bioindication basés
sur les microalgues d’eau douce. En ce qui concerne la caractérisation
des effets des pesticides sur les micro-organismes du sol, il a été
montré qu’aucun test n’était à lui tout seul
suffisant et qu’il convenait d’utiliser une batterie de tests
(dénombrement, profils métaboliques, empreintes moléculaires, etc.),
tout en veillant à poursuivre l’amélioration des tests existants.
Enfin, un modèle QSAR pour la simulation de la toxicité aiguë
de tous les pesticides vis-à-vis de l’abeille a été mis au point.
Malgré la richesse de ces travaux, des lacunes persistent.
Il n’y a notamment pas eu réellement d’études
sur l’existence d’une cascade éventuelle
d’effets entre les différents niveaux d’organisation biologique,
même si les résultats obtenus sur les insectes exposés
à des doses sublétales d’insecticides offrent des perspectives
à ce niveau. Il y a aussi un déficit dans la connaissance du devenir
et des effets des pesticides dans des milieux qui présentent
des caractéristiques environnementales spécifiques,
comme les milieux tropicaux ou les milieux marins et côtiers,
pour lesquels les procédures actuelles d’évaluation
du risque ne sont sans doute pas adaptées.
Au bilan, si les effets écotoxicologiques potentiels des pesticides sont connus,
ils demeurent difficiles à mettre en évidence sur le terrain,
en raison notamment de la difficulté à caractériser
l’exposition des organismes, de la non-spécificité des effets
et de l’existence de mécanismes de régulation des populations
et des communautés à différentes échelles.
Le prochain appel à propositions de recherche du Programme
"Pesticides" permettra de soutenir de nouveaux travaux,
destinés notamment à combler les lacunes évoquées
précédemment.
|
|
 |